«Ce qui m'intéressait
avant chez les bourgeois, c'est qu'ils se fabriquaient des problèmes de cul car
ils n'avaient pas de problèmes de fric. Aujourd'hui, ils ne pensent plus qu'au
fric.»
De Claude Chabrol
Entamée par François
Truffaut dans sa tribune ‘Une certaine tendance du cinéma français’ où il
qualifie les cinéastes en place de “truqueurs”, d’“imposteurs” et de “salauds”,
la contestation violente de la qualité française du cinéma, a donné bien des
chefs d’oeuvre. Baptisée « Nouvelle Vague », cette contestation lance ses
premières piques derrière la caméra, à travers Claude Chabrol justement, avec
la sortie en 1958 du Beau Serge. Mais déjà le 3 octobre 1957, sous la plume de
Françoise Giroud, apparaît pour la première fois le terme Nouvelle Vague. La
journaliste de L’Express expose les résultats d'une grande enquête sur la
jeunesse réalisée au cours de l'été. Elle décrit les Français de demain, leurs
goûts, leurs rêves, leurs attentes, en remarquant qu’un vent de changement
souffle sur la France. C’est en réalité Pierre Billard qui associe le terme
Nouvelle Vague au cinéma dans la revue Ciné 58. Une équipe de très jeunes
réalisateurs nommés Godard, Truffaut, Resnais, Rivette, Rohmer, Chabrol,
critiques aux Cahiers du cinéma, ont décidé de déclarer la guerre aux films
traditionnels. Ils se mettent à tourner des films différents, nouveaux, tant
par leur technique que par leur sujet. ‘Jules et Jim’, ‘Bande à part’, ‘Le Beau
Serge’, ‘Lola’ sortent alors sur les écrans, affirmant leurs revendications
communes mais aussi leurs différences. La postérité léguera surtout Les 400
coups et A bout de souffle, tous deux sortis en 1959. Truffaut devient un
chantre ; Godard s’occupe de méduser les Américains.
«La perversité, c’est
l’art de transformer le bien en mal.»
De Claude Chabrol
Et Claude Chabrol dans tout cela ?
Derrière sa bonhommie et son côté bon vivant, Claude Chabrol ne semble
finalement connu et apprécié que du monde des acteurs (ices). Ce sont eux,
actuellement, qui tirent leur chapeau au réalisateur. Des plateaux où l’on s’amuse
beaucoup. Des ripailles organisées dans les terroirs berçant les lieux de
tournage, … où l’on profite de la bonne chère. Et d’un autre côté, malheureusement
pour le grand public, beaucoup de pirouettes et de farces de la part de Claude
Chabrol…
«J'en ai assez d'être
aimé pour moi-même, j'aimerais être aimé pour mon argent.»
De Claude Chabrol - Dialogue du film Docteur Popaul
Dans ses films, l’esprit corrosif
ambiant est un degré du langage humain, 2e ou 3e. Face
caméra, lors d’interviews, le bonhomme aime embarquer son interlocuteur. Alors
quant à l’homme ? Difficile à identifier, forcément, pour qui n’est pas de
son monde. Projectionniste dans un petit village de la Creuse, Claude
Chabrol participe d'abord aux Cahiers du cinéma en tant que critique avant
de fonder une société de production, avec Jacques Rivette, qu'il finance grâce
à son mariage avec une jeune héritière. Dans l’enfance déjà, et l’adolescence,
le garçon préfère les salles obscures à l’école. En 1958, il réalise son premier
long métrage, 'Le Beau Serge'. Bien que très productif, ses films suivants tels
que 'Les Bonnes Femmes' n'enthousiasment pas les spectateurs. C'est à la fin
des années 1960, avec des parodies telles que 'Le Tigre aime la chair fraîche',
sur lequel collabore sa coscénariste et deuxième femme Stéphanie Audran, que
Claude Chabrol rencontre enfin le succès. Mais déjà, Godard et Truffaut ont
fait leur trou au-delà de la Nouvelle Vague. A la fin des années 1970, le
réalisateur rencontre Isabelle Huppert, qui incarnera nombre de personnages 'chabroliens'.
Ses films traitent de ses thèmes de prédilection, auxquels il accorde la même
importance depuis le début de sa carrière : la Provence, l'étude des moeurs
bourgeoises et l'hypocrisie qui en découle. Particulièrement la dérision autour
de la bourgeoisie dite de province.
«Je n'avais qu'une seule
crainte, avec ces pensées, c'était de paraître sympathique.»
De Claude Chabrol - Pensées, répliques et anecdotes
Deux de ses réalisations, 'Une affaire de femmes' et 'La Cérémonie', lui valent d'être nominé aux Césars en 1988 et 1995. Passionné, il ne cesse de multiplier les projets, et sort encore 'La Fleur du mal', qui rencontre un franc succès en 2003, 'L' Ivresse du pouvoir' - inspiré d'un événement qui défraya la chronique, l'affaire Elf - ou 'La Fille coupée en deux' en 2007.
«Nous sommes dans une
société où les pizzas arrivent plus vite que la police.»
De Claude Chabrol - Pensées, répliques et anecdotes
Réalisateur
emblématique, Claude Chabrol a su se créer un univers unique et s'imposer comme
une figure majeure du 7e art à la française. Bien qu’au cours des années 2000,
le réalisateur tournait en rond : dans Merci pour le chocolat, son actrice
fétiche Isabelle Huppert semble comme ressortir de sa tombe, le personnage de
Violette Nozière, ayant déjà fait l’œuvre d’un de ses films en 1978. Chabrol
adapte et adapte, tout récemment : un fait judiciaire dans L’Ivresse du
pouvoir, faire du Siménon à l’écran dans Bellamy, servir du Maupassant à la TV.
Mais à chaque fois, à l’image de La Fille coupée en deux, soit une mise à l’écran
de l’assassinat d’un architecte new-yorkais en 1906, Chabrol vise des matières
nobles à exploiter. A tel point que si Siménon avait eu un fils dans le cinéma,
il se serait peut-être prénommé Claude, et si Hitchcock avait eu son plus grand
fan, il se serait nommé Chabrol.
Si Claude Chabrol a aujourd’hui l’hommage que n’a pas eu Alain Corneau ou Bernard Giraudeau, décédés à la même période pourtant, la raison est peut-être à chercher dans ce prix du cinéma lui ayant été décerné en 2005 par l’Académie française : un jeu de pouvoir.
Les commentaires récents